PHILIPPE HIQUILY, Philippe HIQUILY

11 mars > 09 avril 2016

2 Av. Matignon, 75008 Paris

Présentation

Décédé en 2013, Philippe Hiquily occupe une place emblématique dans l’histoire de la sculpture de la deuxième moitié du xxe siècle. Dans l’héritage de Julio González il opte pour le métal et le découpage direct, l’assemblage de la tôle par soudure autogène pour créer un langage qui en fait un des artistes les plus novateurs de sa génération.  De son univers hiquilyen ancré dans une sublimation désirante de la femme est né un style identitaire d’une poésie subversive qui rejette les procédés canoniques et expérimente grâce à des machines inédites comme le Kraftformer, toutes les richesses plastiques et expressives recélées par le fer, la tôle d’acier récupérée, rouillée et patinée à l’acide phosphorique puis cirée, le laiton chromé, l’aluminium, jusqu’au bronze à partir des années 1980.Mythique, autant que visionnaire, sa sculpture demeure d’une troublante actualité. Alain Jouffroy y décèle « la réalité érotique ». Atemporelle, sa sculpture colle étroitement à notre temps.   La rigueur est un moteur de son travail où la poésie s’allie à une ironie constante et un  humour décapant. Sous l’action d’une inventivité corrosive et permanente il renouvelle les formes ambigües de ses déesses modernes immédiatement reconnaissables. Ses Vénus et ses Lolitas nous piègent dans leur jeu en apparence innocent. Leur métamorphose en objet de désir déclenche une ambivalence du mythe d’Eros sous-jacent à un érotisme agressif et tendre et désamorce l’hypocrisie d’une morale castratrice. D’une force séductrice et envoûtante, sa sculpture intervertit les rôles. « D’objet-mère » la femme devient « objet-femme ». Elle instrumentalise une iconologie où elle passe du statut de mater mythique à celui de mante religieuse, de la fonction matricielle à la séduction dévoreuse. C’est cette liberté d’expression et une volonté d’indépendance qui a tenu Hiquily à distance des groupes esthétiques, tant surréalistes qu’abstraits. Franc-tireur, amoureux de la vie et de la sculpture,  forgeron cultivant l’hédonisme, baroudeur désabusé mais émerveillé par une puissance créatrice inassouvie, cet artisan aventurier de l’art a franchi les étapes initiatiques et laissé vagabonder son imaginaire indissociable du réel servi par un métier admirablement maîtrisé, entre contrôle et improvisation. Tout a démarré à l’école des Beaux-Arts de Paris en 1948 dans les ateliers de Janniot et de Gimond où il se lie avec César, Albert Féraud, Michel Guino, qui choisiront aussi le métal. Hiquily quitte les Beaux-Arts en 1953 avec un prix de sculpture. Une étape chez Germaine Richier « l’initiatrice » pour laquelle il réalise des socles originaux l’adoube. Une première exposition personnelle à Paris en 1955, puis c’est New York où l’attendent reconnaissance et succès en 1959, année où il reçoit le Prix de la Critique, et en 1961.  Depuis 1954 il travaille dans son atelier rue Raymond Losserand qu’il gardera jusqu’en 1998. Son parcours est balisé d’acquis et d’audaces expérimentales (les Phototypes d’après synthétiseur vidéo pour une capture d’images en impressions sur toile dans les années soixante-dix) et sa curiosité, toujours en alerte, réactive un processus de création qui se singularise très vite de celui de ses confrères. Dès l’enfance, aux côtés d’un père helléniste, le choc émotionnel devant l’art grec archaïque est profond. Il y puisera ses sources d’inspiration comme l’adoption irréversible de la simplification des masses. Au hiératisme cycladique répond le schématisme symbolique de la Vénus de Lespugne découverte au musée de l’Homme.  Entre une stylisation éloquente, un primitivisme délibéré et un symbolisme équivoque émergent les créatures hiquilyennes : une tête minuscule surmonte d’énormes seins comme des obus, des fesses proéminentes.  Ou encore, juchées sur des échasses ces formes oblongues anthropomorphes, en mutation, dotées de mandibules, appendices aux fonctions énigmatiques renvoient au règne de l’insecte et suggèrent des symboles sexuels signifiants.  Puis le mouvement s’invite pour un dialogue avec l’espace, comme l’exige toute sculpture. Il est redevable à Calder qu’il a rencontré aux Deux Magots de cet improbable et magique équilibre des contraires qu’il met en place. L’introduction de moteurs qui font désormais partie intégrante de ses sculptures est une des réponses données à sa volonté de réconcilier l’art et la vie en s’appuyant sur le mécanisme, signe d’une liberté jubilatoire. En 1956, l’Homme à bicyclette est acheté par le Musée National d’Art Moderne. Comme le  ready-made pour Marcel Duchamp, sa sculpture  part souvent d’un objet qui réactive la surprise. Dans les années quatre-vingt, les postures aériennes  de ses hiquilybristes sont les interprètes de « pirouettes » et de « galipettes ». Funambules dans des jeux d’apesanteur et de bascule, leur démarche interventionniste, atteint au point d’équilibre absolu, une décennie plus tard. Au début des années soixante, une nouvelle évolution se profile avec l’utilisation d’un Kraftformer qui permet de bomber la tôle, déjà planée avec un martinet. Formes creuses, plates ou rondes se répondent  dans une simplification formelle non plus stylisée,  mais au profit d’un primitivisme revendiqué ayant atteint une tension particulière. L’irrévérence est en phase  avec l’agressivité des formes. En 1966, Hiquily a substitué le fer au laiton poli qui se prête à une patine couleur miel, en raison des difficultés à trouver de la tôle rouillée. Vingt ans plus tard sa rencontre avec le marchand Patrice Trigano débouche sur une série d’éditions en bronze, fondues par Régis Bocquel. Figures aguicheuses, mutines, facétieuses, ces petites bonnes femmes changent de peau avec des patines sensuelles, couleur bleu turquoise, brune ou noire auxquelles le sculpteur apporte un soin particulier. Se détachant d’une surface parfaitement lisse et flamboyante, la tête lilliputienne, les membres graciles, bras et jambes comme des tiges coudées sont constitutifs d’un perfectionnisme esthétique qui n’en dissimule pas moins un mystère existentiel. Eros rattrapé par Thanatos ? Hiquily dénonce sans cesse le conformisme.Les postures crues ou prétendues telles font partie intégrante de sa dialectique. Pour Jean-Jacques Lebel, complice de son second happening en 1962 galerie Daniel Cordier (le premier s’était tenu deux ans plus tôt galerie des Quatre Chemins avec entre autres André Pieyre de Mandiargues, Marie-Laure de Noailles et Tinguely) « l’exhibition vise à devenir la métaphore de la société de consommation », « pour conjurer l’esprit de catastrophe ( ...)  il faut se livrer à un exorcisme ». En 1964 la commande d’un guéridon pour Marie-Laure de Noailles provoque les commandes de meubles d’Henry Samuel. De prototypes en réalisations ultérieurement éditées, le caractère fonctionnel de ces tables, sellettes, miroirs, lampadaires, s’infléchit d’une touche onirique. Rebus ? Chercher la femme. Ses déesses pop ont conquis leurs lettres de noblesse. Elles voyagent aujourd’hui jusqu’en Chine. Les Marathoniennes et Epicuriennes ont rejoint les Girouettes Marbella, premières parmi les sculptures monumentales inaugurées en 1963 et destinées à être éditées en des tailles différentes. Avec les commandes du 1% Hiquily redonne du sens social à la sculpture, intégrée dans la vie urbaine. En 2000 il revient au fer martelé avec la figure de la femme mythique et frontale, aux volumes plans. Les peintures sur tapas (inspirés par ses séjours en Tahiti) reprennent ces formes découpées dans le métal, de femmes dévoreuses, transposition de l’attente en désir. Cette image tutélaire de la femme, double et énigmatique, éternelle est l’archétype de notre société. Elle identifie un parcours unitaire avec une volonté d’inscrire sa sculpture dans le temps. Philippe Hiquily l’a rendue universelle. 
Lydia Harambourg  
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