JACQUES MONORY, Jacques Monory

14 avril > 21 mai 2005

Présentation

Jacques Monory s’est façonné l’image d’un personnage culte à l’égal des stars du Pop Art. Si on reconnaît Andy Warhol à sa chevelure blonde argentée et à ses lunettes de soleil, David Hockney à ses grosses binocles rondes et ses cravates rayées, Monory lui aussi ne passait pas inaperçu. Il se mettait lui même en scène, habillé comme les héros des films qui ont marqué son enfance passionnée de cinéma : avec sa dégaine à la Jef Costello dans le Samouraï de Melville, derrière ses lunettes noires et sous son chapeau Stetson, drapé dans son grand imperméable, il cultivait son allure de tueur solitaire. 
Tout d’abord formé comme graphiste professionnel aux Editions d’art Robert Delpire où il va côtoyer de grands photographes comme Henri Cartier-Bresson, Robert Frank, Joseph Koudelka, William Klein, Sarah Moon... il se consacre exclusivement à la peinture à partir de 1962 et se définit alors comme « un peintre narratif d’ordre affectif ». Très vite il oriente son art vers la représentation distanciée de l’univers quotidien. Influencé par le Pop Art de James Rosenquist, il travaille à base de photographies qu’il a prises lui-même. Il réalise des séries thématiques à partir de la projection et de l’agrandissement de négatifs sur la toile et opère une sorte de mise au carreau. Dès 1966, le tableau est recouvert d’une couleur monochrome qui apporte une atmosphère de rêve et de suspens. L’emploi du lilas, du jaune et surtout du bleu lui permet de mettre en avant la contradiction entre impressions de réalité et sentiment de basculement du réel. Le peintre précise : «  Ce n’est ni le bleu du ciel, ni le bleu de la mer, mais celui de la télé en noir et blanc. Quand on la photographie, elle est bleue ! La couleur dans mon travail n’est jamais réaliste. Elle est fausse. Ce que je cherche, c’est le jeu des valeurs, aussi bien dans la gamme du bleu glacé que dans celle du rose technicolor hollywoodien. Je passe ainsi du réel au rêve, de la description objective à une image artistique. » Outre le bleu qui va être sa marque de fabrique, il faut noter l’apparition dans ses tableaux du revolver et d’impacts de balles qui symbolisent la brutalité du réel, la violence refoulée et sublimée à la fois. Il utilise souvent des cadrages déplacés, des fractures, des ruptures, des juxtapositions et insère dans ses œuvres des miroirs où le spectateur se trouve comme pris au piège. Son iconographie représente toutes les images de l’époque, de l’environnement urbain, de nos « mythologies quotidiennes » faites d’automobiles comme de fleurs, d’avions comme de tigres, de femmes comme de téléphones, d’amours comme de guerres... Mais à la différence de Warhol, chez lui les images ne sont pas un simple constat et se mêlent intimement à des « traces autobiographiques ». Sa subjectivité est écartelée entre la tendresse et la violence, affrontée au temps et au vide, inquiète de la folie du monde et de la menace d’un avenir catastrophique. Monory nous donne en peinture son journal intime où se mêlent souvenirs, rêves éveillés et rêves imaginaires. 
Les séries qui ont fait la notoriété de ce représentant incontournable de la Figuration narrative « Meurtre » (1968), « Velvet Jungle » (1969-1971), « New York » (1971), « L’impossible mesure » (1972), « Opéra Glacé »(1974) , « Technicolor » (1977), « Ciel » (1980), « Toxique » (1983), « La voleuse » (1985), Noir (1991).... proposent le roman de sa vie. Son engagement politique qui dénonce l’ordre établi par une critique de la police, de l’armée, de la violence, de l’enfermement ou des relations entre l’art et l’argent se découvre dans l’ensemble de la série du « Catalogue mondial des images incurables » présenté au CNAC en 1974. « Chaque tableau est une histoire et la vie d’un homme est celle de son regard, » souligne son biographe Jean-Christophe Bailly. « Entre nulle part et le lieu d’un fait divers, d’une catastrophe, la distance n’est pas grande. C’est l’éternelle histoire du sens, de ses déplacements, de la fiction. Si tous les tableaux de Monory pouvaient s’animer, le roman deviendrait le film lyrique et discontinu auquel il ressemble ». Ami de Jacques Demy et d’Agnès Varda, Monory réalise plusieurs courts-métrages EX en 1968, Brigthon Belle en 1973 ; La Voleuse en 1985... Artiste complet, on lui doit aussi des romans policiers Diamond Back, Eldorado publiés chez Christian Bourgois, des livres objets réalisés avec Alain Jouffroy, Daniel Pommereulle... Soulignant son obsession du thème de la mort, Jean-François Lyotard a vu en lui un « philosophe spontané » dont l’œuvre pose une question : quel est le sens de la vie ? Ses tableaux formalisent toutes les joies, toutes les découvertes, toutes les outrances, toutes les inspirations et toutes les fêlures de son existence et renvoient à un quotidien, une réalité violente vécue par tous. Il aimait à dire : «  Mon travail présentent à la fois la vérité et le mensonge. Et je suis un fabriquant de mensonges. » Pour lui l’ensemble de son travail était résumé dans le titre de son tableau qui reprenait des vers d’Edgard Allan Poe :  All that we see or seem, is but a dream whitin a dream (Tout ce que nous voyons ou croyons n’est qu’un rêve dans un rêve). Il faut s’appesantir devant cette œuvre exceptionnelle pour déchiffrer dans la luxuriance des toiles le reflet bleu et anesthésié de sa nausée. 
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