ANTONIO SEGUÍ, Antonio Seguí

05 avril > 11 mai 2019

2 Av. Matignon, 75008 Paris

Présentation

Le vacarme des citadins agités et la mémoire circulaire des garde-robes. Les surfaces rondes et carrées Ici, en 2019, dans la Galerie Laurent Strouk, Antonio Seguí propose des surfaces rondes et carrées, ses tableaux colorés, vifs, allègres. Des teintes intenses surprennent. Toutes les œuvres carrées ont la même dimension : 100 x 100 cm ; elles sont peintes en une technique mixte sur toile. Les autres œuvres sont rondes ; les tondos sont peints à l'acrylique sur bois découpé, chaque tondo mesure 121 x 121 x 8,5 cm. […] Ainsi, en 2019, les surfaces rondes et carrées de Seguí se retrouvent dans une Encyclopédie des symboles (La Pochothèque, 1996), le cercle et le carré sont les symboles géométriques les plus importants et les plus répandus. Les cercles mettent en évidence le Soleil et la Lune. Les mystiques représentent souvent Dieu comme un cercle dont le centre se trouve partout, la circonférence nulle part et qui fait preuve d'une perfection inaccessible à l'humain. Le cercle ne connaît ni début ni fin, ni direction, ni orientation. Le contraire symbolique de cercle serait le carré qui représente le monde terrestre, humain et matériel. Le carré permet aux humains de s'orienter dans l'espace. Le carré établit un système de coordonnées ; il impose une structure au chaos...
Les souvenirs d'une garde-robe et le vide En 2017 et 2018, Antonio Seguí représente une étrange garde-robe circulaire. Elle serait une armoire dans laquelle on aurait rangé des robes, des vestes et des pantalons masculins, des sous-vêtements (donc des dessous) de femmes et d'hommes, des chapeaux. La garde-robe serait peut-être un vestiaire désordonné, ou bien un dressing-room bouleversé, ou encore la pagaille d'une penderie, d'un placard dérangé. Seguí représente alors un bric-à-brac chaotique. Une famille aurait dispersé et dérangé les dessus et les dessous anciens, jetés sur un plancher. L'espace d'une vaste garde-robe évoquerait les souvenirs des pères, des mères, des enfants. A l'intérieur de la périphérie, tu perçois des vêtements enchevêtrés, un fouillis, un chambardement ; tu retrouves les profils de quelques humains... Mais le centre de la garde-robe est le vide. Le centre est un non-lieu. Il est peut-être une amnésie partielle, une zone des oublis. Tu choisirais le non-agir, le non-dire. Tu t'éloignerais de l'accumulation lourde des choses qui deviendraient inutiles, insensées, vaines, négligeables.
Et parallèlement, près du vestiaire circulaire, Antonio Seguí met en évidence les activités des citadins dans les villes carrées. Antonio Seguí observe les scènes brèves, les instants fugitifs des villes d'Amérique du Sud ou de l'Europe. Tu regardes les gestes des hommes et des femmes, les mouvements des animaux, les fumées, les automobiles, les oiseaux, les palmiers qui se développent, les maisons, les escaliers... Souvent la chaleur épuise ; les hommes ou les femmes nus se baignent dans l'eau fraîche des trous du macadam des rues...   Se rencontrent les anonymes et les frères, Gustavo, Tío Juan, les doubles et les cousins, Señor Alfredo, l'homme sans qualités de Musil. Un instant les destins des humains se croisent. […] Antonio Seguí crée des terrains sans échelle, incontrôlables, rebelles. L'espace se dévoie ;  il est souple et subtil. Les lois de la perspective sont oubliées. Souvent les chemins sont inutiles. Les sentiments sont changeants, incertains. Un grand tapis est suspendu avec maisons, palmiers, chiens, marcheurs, avec les fumées, avec les proverbes énigmatiques (comme ceux du peintre Brueghel). Dans les tangos nocturnes, les danseurs « sentent au visage le sang qui monte à chaque cadence » ; ils dansent « comme des fauves parfumés ». Nul ne s'arrête ; mais qui oserait dire de s'arrêter ?  Passent les régiments des vivants et des machines. Les marionnettes sont affolées. Dès son enfance, Seguí aimait les caricatures des journaux, les bandes dessinées, les cirques. Les rats rongent les fondements des maisons. « La lecture de mes tableaux (dit-il) n'est ni claire, ni ambiguë. » Ses légendes sont flottantes ; ses fables sont sans conclusion. Avec une ironie douce-amère, avec le sourire d'un dandy alerte.[…] Le bruit, les cris, les chahuts, le chaos Tu entends le bruit, les hurlements, les insultes, les aboiements des chiens enragés, les onomatopées, les rires, les gémissements, les rumeurs, les ragots, les slogans, les appels, les proclamations, les protestations, les témoignages, les chansons, la musique des bandonéons, les klaxons, les explosions, les détonations des revolvers, le vrombissement des moteurs des voitures, le bourdonnement de l'agitation nocturne, le tumulte. Ce seraient les chahuts, les bacchanales, le brouhaha, le charivari, le hourvari, les bagarres, le ramdam, les carnavals, le tintouin, le tohu-bohu, le vacarme, le barouf, le boucan, le tintamarre, la perturbation, la cohue, le pêle-mêle, la zizanie. Les musiciens s'apitoient sur les douleurs de la Terre, sur les chagrins des solitaires. Se multiplient les cohues harmonieuses, les chaos ordonnés, les rencontres, les croisements, les amours, les duos, des duels, les échauffourées. La gloire des superbes chapeaux A bien des moments, Seguí admire les superbes chapeaux d'Argentine. « Dans mon enfance (dit-il) tous portaient le chapeau C'étaient les chapeaux allemands, italiens bien sûr et panaméens. Le fameux Panama (chapeau tressé en paille) n'a jamais été fabriqué à Panama, mais à Cuenca. Ceux que je préfère, ce sont les Borsalino italiens. » Les hommes des cités ne quittent jamais leur chapeau. Sur le lit, ils dorment avec leur chapeau. Ils baisent avec leur chapeau. A l'église, pendant les messes, leur chapeau est posé sur leurs genoux. Tout petits, à l'école, sans enlever leur chapeau, ils chahutaient l'instituteur. Ils pousseront leur râle dans le caniveau, un couteau dans le cœur, le chapeau enfoncé jusqu'aux oreilles... Antonio Seguí est né en 1934 à Córdoba (Argentine). Lorsqu'on lui demande qui l'a le plus influencé, Antonio répond : « C'était l'enfant que j'ai été. »
Gilbert Lascault
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