Antony Donaldson

27/03/2020 - 25/04/2020

Antony Donaldson : A l’origine du Pop Anglais

Antony Donaldson fait partie des artistes mythiques du Pop Anglais. Son analyse originale et schématique des formes et des couleurs proposées par l’environnement urbain, marie efficacité et étrangeté, figuration et géométrie avec une iconographie marquée par la répétition stroboscopique de pin-up girls, de voitures de courses, de façades de cinémas, d’hommages à l’histoire de l’art… Sa toile Take Five conservée à la Tate Modern de Londres est le premier tableau Pop entré à la Tate Gallery dès 1963 !

Flashback historique :

Une des caractéristiques du Pop Art en Grande-Bretagne est son lien étroit avec la révolution culturelle que vont personnifier aussi bien les Beatles et les Rolling Stones avec leur musique, Mary Quant et sa mode sublimée de la mini jupe, Twiggy et sa coupe de cheveux extravagante, Michelangelo Antonioni avec Blow-Up et tous les réalisateursde cinéma de la Nouvelle Vague. Les vers célèbres de Philip Larkin dans Annus Mirabilisdatent précisément cette arrivée d’une ère nouvelle en proclament ironiquement : « Les relations sexuelles ont commencé/En mille neuf cent soixante-trois/Entre la fin de la censure de Lady Chatterley/ Et le premier 33 tours des Beatles ! »

A l’époque du Swinging London, après les précurseurs de l’Independent Group Richard Hamilton, Edouardo Paolozzi, ceux du Royal College of Art Peter Blake, Richard Smith… c’est en février 1961, lors de l’exposition The Young Contemporaries à la Royal Society of British Artists (RBA Gallery) que le Pop Art explose en Grande-Bretagne et prend véritablement la forme d’un mouvement cohérent. Une nouvelle garde d’artistes composée d’Antony Donaldson, Collin Self, Jann Haworth, David Hockney, Derek Boshier, Patrick Caulfield, Peter Phillips, Allen Jones, Pauline Boty, Ron Kitaj sans oublier Gerald Laing, l’incarne avec brio. En 1961 le président de l’exposition de The Young Contemporariesest Peter Phillips et l’année suivante c’est au tour d’Antony Donaldson. A partir de ces deux premières éditions, l’esthétique du Pop Art se repend en Europe continentale et dans le monde entier.

Pin-up girls, cinéma et Bain Turc :

La galerie Laurent Strouk pour cette exceptionnelle exposition Antony Donaldson propose des séries rares d’œuvres consacrées aux pin-up girls des années 1960, des tableaux historiques des années 1970 qui présentent les façades Art Deco des cinémas de Los Angeles et une série plus récente de tableaux qui nous plonge dans une relecture polychrome du Bain Turcde Jean Dominique Ingres.

Les œuvres des années 1960 montrent des juxtapositions très rythmées de pin-up en sous-vêtements, des compositions constituées de montages en séquence. Avec le maniement d’images de strip-tease Antony Donaldson exprime ouvertement ce que cache la publicité, le désir et l’érotisme. Ses audaces formelles n’excluent en rien le lyrisme ou le romantisme et loin de sombrer dans la vacuité formaliste, elles l’autorisent à une peinture d’un réalisme supérieur, en phase avec les sixties, radiographiant la mutation des mœurs. Devant ses portraits de femmes on découvre l’intérêt du peintre à ses débuts pour les célèbres Femmes de Willem de Kooning. A sa suite, il opère un corps à corps avec la toile, véritable fusion avec le sujet. Mais face à la terribilitades Womende De Kooning, aux bouches voraces et carnivores, aux corps ravagés, aux attributs sexuels agressifs, Antony Donaldson oppose un certain équilibre dans la composition et une plus grande tendresse dans les poses qui se font face et se répondent même s’il y a aussi chez lui une même volonté de glacer une image en mouvement. L’élimination des yeux, de la bouche dans un visage, la concentration sur l’essentiel de la forme, toutes ces simplifications, permettent d’éviter la banalité de trop d’expressivité. Antony Donaldson a aussi beaucoup travaillé sur les variations et sur la répétition presque frénétique d’une même image en jouant sur l’asymétrie et des jeux de miroirs et la couleur est aussi un de ses sujets principaux.

 Chez Antony Donaldson, la symétrie, la répétition, le reflet, le dédoublement, toutes ces figurations duplicatives exacerbées par la permanence rétinienne, sont là pour traduire et/ou questionner des structures symboliques, sociales ou esthétiques. En regardant une image identique dans un miroir, dans une œuvre diptyque, dans une seule toile, semblable, mais pas unique, chacun peut s’interroger. La répétition devient autant imagination que forme vide et pure du temps. Comme chez Arman dans ses accumulations d’objets quotidien, Andy Warhol et sa répétition de photographies de photomaton ou Hervé Télémaque et son utilisation sérielle du logo Banania, il semble que la répétition permette surtout une mise à distance des choses. D’ailleurs Antony Donaldson précise : « J‘aime créer une tension dans le tableau par la répétition et surtout en utilisant la symétrie placée dans des endroits asymétriques. »

En 1966, Antony Donaldson avait reçu une bourse du Harkness Fellowship pour partir Outre-Atlantique. Après un road trip de deux mois au volant d’une grosse Chevrolet à travers le continent nord-américain, il s’est posé à en Californie à Los Angeles. Il y connaissait deux amis artistes : Joe Goode et Edward Ruscha. Il rencontre ensuite Bob Graham et John McCracken. Ce qui a changé dans sa création à L.A. est lié à deux événements : un grand atelier et un compresseur avec un aérographe et des pistolets à peinture. En roulant à travers la Cité des Anges, Antony Donaldson a découvert d’incroyables vieux cinémas qui surgissaient de terre comme des cathédrales au beau milieu des rangées de bungalows. Il a pris alors des photos de tous ces cinémas Art Déco qui vont donner naissance à une importante série de toiles marquées par des jeux de lignes et une certaine abstraction géométrique. Dans Fly the Frendly Sky,la première toile qu’il a réalisée en Californie, présentée dans le cadre de l’exposition aux côtés de la toile monumentale Alex Brand Avenue, Antony Donaldson fait partir de larges fuseaux en perspective isométrique de chaque côté du tableau : les projections se propagent comme des faisceaux lumineux triangulaires, partant du bas pour laisser apparaître au sommet le corps galbé de deux femmes. Ses tableaux historiques, en relation avec les préoccupations esthétiques de son ami Edward Ruscha, proposent une fusion entre le corps et l’architecture, le rêve et la réalité, le désir et son accomplissement. 

L’exposition à la Galerie Laurent Strouk  fait aussi la part belle a l’interprétation récente du Bain Turcoù l’artiste revient aux préceptes fondamentaux du Pop Art faits de détournements, de pastiches, de parodies, de travestissements, de démystifications, de gestes iconoclastes afin d’affirmer un désir de renouvèlement des formes artistiques. Il saisit l’esprit de l’œuvre qu’il copie et s’inscrit dans une continuité tout en se libérant du modèle en ajoutant sa touche personnelle, moderne et humoristique. Cette malice est lisible quand il remplace la belle qui se fait coiffer au centre du tableau par une jolie blonde pulpeuse à la chevelure épaisse et moutonneuse ! En se plongeant de manière répétitive dans l’étuve du Bain Turc, il laisse balader son œil de peintre, soit pour isoler la femme de dos au turban jouant de la viole, soit pour se concentrer dans les figurines de l’arrière plan. la relecture récente d’Antony Donaldson du Bain Turcde Jean Dominique Ingres propose une fiction totale, ou les odalisques d’aujourd’hui sont en talons aiguilles et en bikinis. Tout un programme… Quand il cite cette source particulière, ce dernier chef-d’œuvre de Ingres où il reprend des figures déjà représentées dans ses toiles précédentes comme La Baigneuse Valpinçon, Antony Donaldson propose un compte-rendu de toute sa propre production. On pense évidemment à ses différentes approches du corps féminin depuis ses mémorables pin-up girls des années 1960, ses découpes de silhouettes en fibre de verre, ses toiles laquées qui représentent des danseuses du Lido ou encore ses sculptures en bronze dont la taille réduite évoque le monde équivoque des poupées. Cette exceptionnelle exposition présente des œuvres historiques liées autant à l’érotisme du Pop Art des années 1960 qu’à une approche plus minimale de la peinture.

 La galerie Laurent Strouk en association avec la Mayor Gallery de Londres édite une monographie d’Antony Donaldson avec des avants propos de Hervé Télémaque, Edward Rusha et Allen Jones, une préface de Marco Livingstone et un texte de Renaud Faroux.   

 

Biographie Antony Donaldson :

1939 : Né en Angleterre.

1958-62 : Etudie à la Slade School of  Fine Art, Londres.

1966-68 : Vie et travaille à Los Angeles.

1968-1992 : Vie et travaille à Londres.

Depuis 1992 : Vie et travaille entre Londres et la France.