Antonio Seguí Exposition 2019

05/04/2019 - 11/05/2019
Nouvelle exposition d'Antonio Seguí.
du 5 avril 2019 au 11 mai 2019
 

Ici, en 2019, dans la Galerie Laurent Strouk, Antonio Seguí propose des surfaces rondes et carrées, des tableaux colorés, vifs, allègres et des teintes intenses surprennantes.
Toutes les œuvres carrées sont peintes en une technique mixte sur toile. Les autres œuvres sont rondes ; les tondos sont peints à l’acrylique sur bois découpé.

En 2019, les surfaces rondes et carrées de Seguí se retrouvent.
Les cercles mettent en évidence le Soleil et la Lune. Les mystiques repré- sentent souvent Dieu comme un cercle dont le centre se trouve partout, la circonférence nulle part et qui fait preuve d’une perfection inaccessible à l’humain. Le cercle ne connaît ni début ni fin, ni direction, ni orientation. Le contraire symbolique du cercle serait le carré qui représente le monde terrestre, humain et matériel. Le carré permet aux humains de s’orienter dans l’espace. Le carré établit un système de coordonnées ; il impose une structure au chaos...

En 2017 et 2018, Antonio Seguí travaille sur une étrange garde-robe circu- laire. Une armoire dans laquelle on aurait rangé des robes, des vestes et des pantalons masculins, des sous-vêtements de femmes et d’hommes, des chapeaux.

Seguí représente un bric-à-brac chaotique. Une famille aurait dispersé et dérangé les dessus et les dessous anciens, jetés sur un plancher. L’espace d’une vaste garde-robe évoquerait les souvenirs des pères, des mères, des enfants. A l’intérieur de la périphérie, tu perçois des vêtements enchevêtrés, un fouillis, un chambardement ; tu retrouves les profils de quelques humains... Mais le centre de la garde-robe est le vide. Le centre est un non-lieu. Il est peut-être une amnésie partielle, une zone des oublis. Tu choisirais le non-agir, le non-dire. Tu t’éloignerais de l’accu- mulation lourde des choses qui deviendraient inutiles, insensées, vaines, négligeables.

Et parallèlement, près du vestiaire circulaire, Antonio Seguí met en évidence les activités des citadins dans les villes carrées.
Dans ces oeuvres, Antonio Seguí observe les scènes brèves, les instants fugitifs des villes d’Amérique du Sud ou de l’Europe. Tu regardes les gestes des hommes et des femmes, les mouvements des animaux, les fumées, les automobiles, les oiseaux, les palmiers qui se développent, les maisons, les escaliers... Souvent la chaleur épuise ; les hommes ou les femmes nus se baignent dans l’eau fraîche des trous du macadam des rues...

Tu entends le bruit, les hurlements, les insultes, les aboiements des chiens enragés, les onomatopées, les rires, les gémissements, les rumeurs, les ragots, les slogans, les appels, les proclamations, les protes- tations, les témoignages, les chansons, la musique des bandonéons, les klaxons, les explosions, les détonations des revolvers, le vrombissement des moteurs des voitures, le bourdonnement de l’agitation nocturne, le tumulte. Se multiplient les cohues harmonieuses, les chaos ordonnés, les rencontres, les croisements, les amours, les duos, des duels, les échauffourées.

L’horizon est placé très haut. Les rues bifurquent. Les incidents innom- brables dans l’immensité se disséminent.

A bien des moments, Seguí admire les superbes chapeaux d’Argen- tine. « Dans mon enfance (dit-il) tous portaient le chapeau. C’étaient les chapeaux allemands, italiens bien sûr et panaméens. Le fameux Panama (chapeau tressé en paille) n’a jamais été fabriqué à Panama, mais à Cuenca. Ceux que je préfère, ce sont les Borsalino italiens. »

Les hommes des cités ne quittent jamais leur chapeau. Sur le lit, ils dorment avec leur chapeau. Ils baisent avec leur chapeau. A l’église, pendant les messes, leur chapeau est posé sur leurs genoux. Tout petits, à l’école, sans enlever leur chapeau, ils chahutaient l’instituteur. Ils pous- seront leur râle dans le caniveau, un couteau dans le cœur, le chapeau enfoncé jusqu’aux oreilles...

Antonio Seguí est né en 1934 à Córdoba (Argentine). Lorsqu’on lui demande qui l’a le plus influencé, Antonio répond : « C’était l’enfant que j’ai été. »

Fragments du texte de Gilbert Lascault pour le catalogue de l’exposition