Gérard SCHLOSSER

27/04/2017 - 27/05/2017

De sa formation initiale d’orfèvre à l’Ecole des Arts Appliqués, le peintre français Gérard Schlosser (1931) a conservé une attention particulière au détail, une manière qui lui est propre d’assembler avec une infinie minutie des fragments d’images jusqu’à composer de petite scène avec ou sans personnages qui sont comme la trace d’une histoire qui se jouerait hors-cadre.

Les codes techniques du peintre sont toujours identiques et toujours recommencés. Une trame narrative supposée est plus ou moins suggérée par les titres incisifs, fragmentaires, au sens parfois équivoque : « Elle est belle », « Tu sais où il est », « C’est pas lui », « Fais pas le con », « C’est pas si mal », « Sur le mur »… Ils renforcent un flottement recherché qui suggère une histoire incertaine qui peut se prolonger hors du cadre. Ces petites voix qui se font entendre rappellent à chacun un moment de vie fugace, banal qui reste inscrit dans des souvenirs d’instants authentiquement vécus. Ces citations de vie, ces passages du temps ensevelis dans la mémoire revivent dans l’actualité de la peinture.

Avec sa dernière série de 27 tableaux présentée à la galerie Laurent Strouk du 28 avril au 27 mai 2017, Gérard Schlosser semble s’exposer dans un multiple jeu de miroirs quand il propose des personnages de dos qui s’inscrivent dans des fragments de toiles de Fernand Léger. Devant les œuvres du créateur du Modernisme, ces figures s’interrogent, nous interrogent et proposent une mise en abîme de la peinture.

En s’attaquant à Léger, Schlosser veut stimuler ses grosses machines, ses corps tubulaires, ses belles bonnes femmes, ses constructeurs et exercer ici le pouvoir ultime, celui d’insuffler la vie à l’inanimé comme Pygmalion à sa Galatée. Pour cela les emprunts à Léger sont isolés du contexte, représentés plus grands que dans les originaux et même plus grands que les spectateurs réels du tableau. L’utilisation d’une échelle différente permet aux personnages de Léger qui activent le tableau d’incarner l’action afin de rendre véritablement l’émotion. Le résultat fait vivre tous les personnages, les met tous en relation, les rend tous comme palpables. Les protagonistes semblent dialoguer et se reconnaître grâce à des jeux de regards, des rapprochements du corps, des attouchements des mains. Mécanicien, Marin, Musiciens, Liseuse, Acrobates, Femmes au collier ou à la fleur… abordent les spectateurs peints dans les tableaux. Ils leur font la conversation, montrent leurs gros bras, donnent des rendez-vous galants, font le coup de la panne, prennent un air distant et intello, et parfois « alpaguent » le client ! En systématisant son propos avec personnages réels et personnages fictifs, Schlosser arrive de façon nouvelle et originale à prolonger sa sociologie du couple et de la famille.