Peter Klasen

06/12/2013 - 04/01/2014

La galerie Laurent Strouk présente du 5 décembre 2013 au 6 janvier 2014 une exposition d’œuvres inédites de Peter Klasen autour d’une nouvelle thématique sous le titre  : Lost landscapes - Tintoretto El Greco Schwitters & Co.

Ce travail s’inscrit dans la réflexion de l’artiste sur l’évolution des sociétés occidentales notamment sur la fragilité du paysage urbain mis en danger par une suractivité industrielle et la menace qui pèse sur la condition humaine. Ces paysages photographiés par l’artiste encombrés de déchets industriels de grillages de panneaux signalétiques de voitures et de camions opèrent comme d’ultimes avertissements de la fragilité de nos existences avant un possible cataclysme.

A travers l’exposition Lost landscapes - Tintoretto El Greco Schwitters & Co. et cette nouvelle thématique Peter Klasen rend hommage à des artistes qui pour diverses raisons ont inspiré ses réflexions picturales  : Jacopo Robusti dit Tintoretto (1518-1594) Dhomínikos Theotokópoulos dit Le Greco (1541-1614) Caspar David Friedrich (1774-1840) Fernand Léger (1881-1955)   Kurt Schwitters (1887-1948).

Né à Lübeck (Allemagne) en 1935 Klasen s’impose au tout début des années 60 comme un pionnier de la Nouvelle Figuration et du mouvement de la Figuration Narrative.

Les œuvres de cet artiste majeur qui vit et travaille à Paris dans le sud de la France et à Berlin sont présentes dans plus de 70 musées et collections publiques à travers le monde.

Dans les années 70 Peter Klasen radicalise ses propositions picturales : arrières de camions wagons grilles containers... marques de panneaux d’interdiction déclinés dans des formats monumentaux un constat terrifiant et terrifié - comme le soulignera Paul Virilio &ndash mais aussi la mise en place d’un univers propre à Klasen personnel et identifiable.

Dans les années 2000 Klasen utilise les nouveaux moyens que lui offre la photographie numérique pour réaliser un constat de la société d’aujourd’hui. Les accidents la drogue la folie la paranoïa les relations entre les hommes et les femmes... Il montre des « lost landscapes» (paysages perdus) mais affirme encore que « Life is beautiful» (la vie est belle).

Aujourd’hui « la maestria du maître se lit immédiatement dans son nouveau travail dans les

gouaches et tableaux exposés chez Laurent Strouk. Mais on est bien loin de la froidure aseptisée des « lavabos » de l’impassibilité glacée des chaises de dentistes de la rigueur des bâches des pressions et contractions des cordages de l’austérité des containers de la subtilité des gris qui sont depuis toujours sa marque de fabrique.

Au XXIe siècle Peter Klasen séduit de nouveau par son talent à se réinventer tout en restant fidèle au style et au langage formel de ses chefs d’œuvres exposés dans tous les grands musées du monde. Cette superbe série de « Lost Landscapes » marquée par une utilisation originale du blanc de la réserve de la toile le peintre confesse : « Ce sont les blancs de ma vie que j’ai retrouvés par ma maîtrise technique de l’espace et du vide. Un espace retrouvé comme « Le temps retrouvé » où mon impulsion graphique revient à la narration et à la durée pour proposer une nouvelle mise en page du tableau. » L’artiste retrouve ainsi les préceptes du mouvement de la Figuration narrative dont il fut un des acteurs essentiels dans les années 1960. » (Extrait texte de Renaud Faroux historien d’art).

Dans les œuvres récentes (2012-2013) exposées chez Laurent Strouk Peter Klasen se réfère à une représentation figurée qui joue de reprises détournements et exaltations. Sa réflexion s’opère en premier lieu autour de Tintoretto et El Greco inventeurs d’un nouveau canon esthétique «   antinaturaliste  » . Cette attitude avant-gardiste en rupture avec les artistes de leur temps cet art de la distorsion  et de la «   distanciation  » rejoint les préoccupations picturales et philosophiques de Peter Klasen.

Sur les traces de sa jeunesse en Allemagne du Nord l’artiste rend hommage au maitre du romantisme allemand Caspar David Friedrich et à ses paysages nordiques que le jeune Peter Klasen a côtoyé et aquarellé lors de ses randonnées solitaires avant de rejoindre quelques années plus tard l’Académie des Beaux-arts de Berlin-Ouest. Au paysage de C. D. Friedrich il superpose les thématiques développées dans la série Lost Landscapes  : la destruction de l’environnement la représentation du paysage industriel et une métaphore du paysage perdu.

Point de départ de son travail d’artiste à l’instar de Fernand Léger Peter Klasen reprend et interprète un monde fragmenté qui surgit par bribes par gros plans  : pictogrammes métal tubes de chantier boulons - on est sur le thème des bâtisseurs cher à Fernand Léger - s’interpénètrent et s’entrechoquent au cœur des images et objets divers réels intégrés à la surface de la toile. De fait on comprend la fascination de l’artiste pour la photographie et le cinéma.

Kurt Schwitters figure emblématique du mouvement Dada antifasciste et opposant du régime nazi réfugié en Angleterre pendant la deuxième guerre mondiale critique la société allemande de l’entre deux guerres par le biais de ses collages et un langage novateur et révolutionnaire. Dès le début de son travail pictural Peter Klasen poursuit cette révolution visuelle et commente son travail dans un texte  fondateur de 1967  :

«   Le principe du collage  : la déchirure le télescopage la juxtaposition d’images et d’objets disparates réunis sur une même surface évoquent la complexité de notre société contemporaine dans ses différences et l’expression de ses conflits immanents non résolus significatifs de la schizophrénie des actions politiques et sociales du monde actuel.

Le collage est dans son essence agressif et subversif par la remise en question d’un ordre établi (dont il utilise le langage) et la tentative de s’approprier une réalité sans nécessairement trouver de solution définitive. Son élément propre est de maintenir en latence un état permanent d’inquiétude.  »