Villeglé Jacques
biographie
Jacques, Marie, Bertand, Mahé de La Villeglé, dit « Jacques Villeglé », né le 27 mars 1926 à Quimper, est un plasticien français.
Jacques Villeglé étudie la peinture et le dessin à l'école des beaux-arts de Rennes où il fait la connaissance de Raymond Hains (1945), avec qui il liera une complicité définitive. Il travaille quelque temps chez un architecte, où il se familiarise avec les questions d'urbanisme et d'espace public, avant d'étudier l'architecture aux beaux-arts de Nantes (janvier 1947-décembre 1949). Dès 1947, il se met à récolter à Saint-Malo des débris du mur de l'Atlantique et des fers tordus, qu'il regarde comme des sculptures.
À partir de décembre 1949, avec Hains, Villeglé commence à récolter des affiches, leur première affiche arrachée, Ach Alma Manétro, étant une œuvre commune. Il limite son comportement appropriatif aux seules affiches lacérées. Pour lui, le véritable artiste est le « lacérateur anonyme », la collecte pouvant être effectuée par n'importe qui : il annonce ainsi le moment de la disparition de la figure de l'artiste, cédant la place au « collecteur » ou collectionneur.
« Le prélèvement, dit-il, est le parallèle du cadrage du photographe », et lui-même se veut, comme Hains, simple collecteur de fragments qu'il ne fait que choisir et signer. En 1958, il rédige une mise au point sur les affiches lacérées intitulée Des réalités collectives, préfiguration du manifeste du Nouveau Réalisme ; il est considéré comme l'historien du Lacéré anonyme, entité qu'il crée en 1959.
Toujours en collaboration avec Raymond Hains, il réalise quelques films ainsi que Hépérile éclaté (publié en juin 1953), déformation photographique d'un poème phonétique de Camille Bryen.
En février 1954, Villeglé et Hains font la connaissance du poète lettriste François Dufrêne, lui-même précurseur dans le domaine du travail sur les affiches lacérées dont il interroge l'envers (les « dessous »). Il les présente à Yves Klein, puis à Pierre Restany et à Jean Tinguely. Après leur participation commune à la première Biennale de Paris, ils constituent en 1960 le groupe des Nouveaux Réalistes. En 1957, Villeglé fait la connaissance de Gérard Deschamps qui expose à la galerie Colette Allendy, et qui sera membre des Nouveaux Réalistes en 1961, au retour de son service militaire.
Releveur de traces de civilisation, plus particulièrement lorsqu'elles sont anonymes, Villeglé imagine, à partir de 1969, un « alphabet socio-politique » en hommage à Serge Tchakhotine, auteur en 1939 d'un essai intitulé Le Viol des foules par la propagande.
À la fin des années 1990, le travail de Jacques Villeglé ouvre la voie à des recherches politico-esthétiques nouvelles. À l'instar de Mimmo Rotella, qui a également travaillé avec des affiches publicitaires retournées puis contrecollées ou transposées en trois dimensions, d'autres artistes, tel que Maxa Meltis, sans avoir recours aux lacérations ni aux arrachages, ont utilisé la juxtaposition de strates de documents imprimés pour laisser apparaître la pertinence et la beauté des préoccupations sociologiques de leur temps.
La diversité d'utilisation de ces procédés a donné naissance à une variété de techniques habilement exploitées : les frottements, effacements, froissements et recouvrements allant même jusqu'à la désintégration des images et des affiches elles-mêmes. Toute cela s'inscrit dans le mouvement initié par Jacques Villeglé au début des années 1950.
Divers
Le lieu d'art contemporain de la ville de Saint-Gratien (95) porte depuis le 24 septembre 2007 son nom (espace Jacques-Villeglé).
"L'éclatement des célestins", œuvre de 1964 a inspiré les physiciens Eugenio Hamm (Université de Santiago), Pedro Reis (MIT) et Benoît Roman (ESPCI ParisTech) qui ont publié une étude des motifs des affiches arrachées dans la revue scientifique Nature en 20081.
